Page 4 sur le COMMINGES LES BELLES ANNEES DE LOURES-BARBAZAN
Le
thermalisme a connu un succès
phénoménal à partir de 1850. Les Pyrénées virent une profusion d’établissements
surgir autour d’une source minérale.
Barbazan suivit le même chemin et reçut une clientèle
aisée de milieux paysans et commerçants. On vivait bien à Barbazan, bientôt
rejointe par Loures-Barousse sa voisine des Hautes-Pyrénées qui voulait
profiter de la manne thermale. A la fin du 19ème siècle, une passerelle
fut construite et comme la gare était placée à Loures, les Thermes reçurent
beaucoup de monde. Un pont en bois relia les deux rives et ce fut la ruée :
deux familles de Loures instaurèrent un service de tramways à vingt places
entre la ville et l’établissement qui tournaient toute la journée. En 1933, ce
pont rendu vétuste au fil des ans fut remplacé par le pont actuel, plus large
et plus commode. Les cars remplacèrent les tramways. Avec eux disparut toute
une époque où animaux et gens vivaient dans la plus parfaite harmonie, au
rythme du temps qui passe, que l’on suivait sans vouloir vraiment le dépasser.
Les chevaux et les ânes qui promenaient les enfants ne revinrent plus, ce fut
un grand choc pour tout le monde car jusqu’à la seconde guerre mondiale, entre
les vaches, les bœufs, les chiens, les moutons, les chevaux, il y avait
tellement d’animaux qui passaient par Loures chaque jour, qu’il fallait sans
arrêt nettoyer les rues et les trottoirs. Personne ne se plaignait : on était à
la campagne et c’était naturel ! Les festivités et la présence d’étrangers
n’empêchaient pas les paysans de travailler dans les champs, de faner, de mener
leurs troupeaux pâturer et boire aux abreuvoirs communaux. La vie du pays
n’allait pas s’arrêter pour ça !
Les casinos de Loures et de Barbazan.
Bien
sûr, à l’heure des repas et des promenades, la ville appartenait aux estivants.
Il était difficile de traverser les rues au moment de l’apéritif et le soir
avant-courrier du casino. Il fallait faire la queue pour obtenir une place et
l’on s’entassait dans la salle lors des concerts, des opérettes, des
représentations théâtrales, des séances de cinéma muet ou tout simplement des
bals. La troupe de Monsieur Huntel animait toutes les soirées et une fois par
semaine des musiciens venaient de Toulouse pour jouer le morceaux célèbres des
grands classiques. On aimait la belle musique, on savait l’apprécier. A
l’origine, le casino se trouvait dans les bâtiments occupés aujourd’hui par le
nouveau restaurant-pizzeria. Se révélant trop petit, un certain Monsieur Clair
acheta le pré voisin et fit construire un établissement plus grand, de style
rococo. Il sut attirer, dès son
ouverture, une foule bigarrée et joyeuse qui venait là pour se détendre, lier
connaissance. L’ancien casino devint un bar qui servait « jusqu’à 150
mazagrans de café chaque soir ». Il y avait vraiment beaucoup de monde
dans Loures car partout les recettes étaient les mêmes. La simplicité était de
mise, la tenue de soirée n’était nulle part obligatoire.
Il y eut plus de 3000 curistes après 1892 à cause de
la petite cure de 9 jours dite la neuvaine. On
se sentait bien à Loures-Barbazan et dans les années 1920, le directeur
des Thermes, Antoine Rouch, décida de construire un casino dans le parc même,
plus sélect et plus distingué pour satisfaire aux désirs d’une certaine classe
sociale bourgeoise. Mais M. Rouch avait parfaitement conscience qu’il ne devait
refuser personne sinon les affaires péricliteraient. Aussi exigeait-il de ses
clients une tenue vestimentaire stricte et plutôt que de refouler ceux qui ne
se conformaient pas à ses directives, les attendait-il devant la porte une
cravate à la main. En 1929, il fut autorisé à donner à son établissement la
dénomination de « casino municipale Barbazan » contre le versement
d’une somme équivalente à 5% du produit des jeux et de 2000 francs pour
l’exploitation des jeux (1). Mais celui de Loures lui faisait
trop d’ombre, il la racheta à Madame Clair devenue trop âgée pour s’en occuper.
Il s’empressa de le fermer, la population protesta mais en vain.
Des programmes festifs.
On
allait au bal, jouer au casino, assister à des pièces de théâtre, écouter des
concerts ou bien tout simplement parler et rire dans les bars et sur les
terrasses où les femmes montraient leurs toilettes.
On
repérait les soirées données par les chorales, celle d’Izaourt était la plus
prisée. Et le programme estival du casino unique ne changea pas, les opérettes
et les concerts se succédaient à un rythme trépidant. Certaines troupes
venaient donner des représentations de plein air dans le parc des Thermes. Tout
le monde appréciait le théâtre de nature et les opéras comme Werther qui fit
pleurer le public, comme Mireille qui fit un véritable triomphe le 8 septembre
1928 (2), attiraient la foule. Tous les milieux se
trouvaient réunis dans la même émotion et le même enthousiasme pour la belle
musique. C’était là un des désirs les plus chers du directeur
Le
casino ferma ses portes en 1960 et il est désormais plus que vétuste, mais, le
maire Henri Galy et son Conseil Municipal, depuis six longues années, n’avaient
qu’un désir :
ouvrir à nouveau un casino à Barbazan.
Le dossier fut monté solidement, le Groupe Vikings
Casinos fut choisi pour construire un
établissement dans le village et l’exploiter. Ce fut en février 2002 que Henri
Galy sut convaincre la commission d’autorisation d’exploitation des jeux au
ministère de l’Intérieur et la fameuse autorisation fut accordée. Le bâtiment
rappelant par son architecture les belles années du thermalisme florissant et
parfaitement intégré dans le patrimoine environnant, accueillera un restaurant
de 40 couverts, trois salles de jeux : Black Jack, Roulette anglaise et Boule
et des spectacles (animations culturelles, expositions, Piano-bar, dîners
musicaux). La Société d’Exploitation qui va le gérer a embauché 25 personnes,
tous originaires de la région et inscrits à l’ANPE. Au mois de juillet, le
casino va ouvrir ses portes sur le succès, tout le monde l’espère.
Jacqueline Mansas
(1) Archives communales de Barbazan
(2) J. Monestier - Revue de Comminges, 1987.
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